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Le G5 Sahel ou « G5S » est un cadre institutionnel de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politiques de développement et de sécurité. Il a été créé lors d'un sommet tenu en février 2014 par cinq Etats du Sahel : Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. Répartis sur 5 097 338 km2 avec une population de plus de 300 millions d’habitants et une tendance à l’urbanisation croissante, la région du Sahel offre d’énormes possibilités pour ces populations. Cependant, la région doit faire face à une recrudescence de l’extrémisme, du terrorisme et de la criminalité, alimentée par une pauvreté endémique, de fortes inégalités de revenus, un taux de chômage élevé dans le milieu des jeunes et des défaillances en matière de gouvernance [1] par manque de démocratie qui a entrainé des tensions politiques, économiques, sociales, culturelles, ethniques, religieuses, voire des guerres civiles ou frontalières en Afrique, notamment au Sahel.

Les cinq chefs d’Etat des pays membres du G5 Sahel et leurs partenaires se sont réunis, le 16 février 2021 à N’Djamena (Tchad) à l’invitation conjointe du président en exercice du G5 Sahel, Mohamed Ould El-Ghazaouani, et de son homologue tchadien, Idriss Deby Itno, l’actuel président en exercice. A l’ordre du jour, il y avait l’examen de la situation de la région et faire un bilan des engagements consentis collectivement lors du Sommet de Pau [2], le 13 janvier 2020.

Vu l’importance de ce sommet, quelques pays et organisations non-membres [3] ont assisté à ce sommet pour aider à trouver une solution à la crise sécuritaire qui dure depuis huit ans.

Ainsi les chefs d’Etats des pays membres du G5 [4] ont évoqué plusieurs volets économiques, politiques, sociaux, sécuritaires… pour trouver des solutions pour la sécurité de la zone.

Pour que cette zone retrouve sa sécurité il faut débattre de plusieurs points à résoudre comme l’ont indiqué les participants.

Ainsi, le président français, Emmanuel Macron, a insisté lors de son allocution par vidéo conférence sur trois points :

- Ne pas relâcher la pression sur les groupes terroristes ;

- Poursuivre l’emprise sur les trois frontières [5] avec, en particulier, l’apport du bataillon tchadien ; et

- Mener dans les prochains jours et prochaines semaines des opérations concrètes dans cette zone pour retrouver le contrôle de la situation.

Si Emmanuel Macron insiste sur les questions militaires, c’est qu’il penserait à une fin rapide de cette guerre par tous les moyens, y compris et surtout militaires. Pourtant, au lieu de n’envisager que la seule solution militaire, il y a peut-être lieu d’opter pour une solution politique qui impliquerait de négocier avec les responsables politiques, militaires des groupes armés et avec les communautés. Pour certaines de ces dernières, la présence des soldats français dans leurs pays serait plutôt problématique.

Nonobstant, la France veut, coûte que coûte, inciter l’Europe à participer à cette guerre. Et certains de ces pays y participent déjà militairement, financièrement, logistiquement…

Parallèlement, certains chefs d’Etat présents, comme Macky Sall du Sénégal et Idriss Debbi Itno, ont réitéré l’appel à la mise du G5 sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, chose qui semblait catégoriquement rejetée par les Américains. Ces derniers considèrent, que l’état actuel du conflit et comme dans des crises pareilles, le régime des sanctions ciblées, notamment économiques, alliées à un moindre effort militaire pourraient suffire.

Mais l’opération militaire ne peut pas être l’unique solution [6] vu la vulnérabilité d’une grande partie de la population des pays du Sahel. C'est ce qui a poussé le président sénégalais Macky Sall à dire lors de ce sommet qu’il souhaiterait que « la MINUSMA soit dotée d’un mandat plus robuste ». Il ajoute qu’« au-delà de la riposte militaire, il est heureux que la stratégie du G5 Sahel intègre le volet du développement en faveur des zones les plus vulnérables à travers le cadre d’actions prioritaires intégrées à impact rapide. Cette approche avait été adoptée au sommet de Nouakchott, en février 2020 ». Enfin, le président sénégalais a débloqué un milliard de francs CFA en faveur du secrétariat exécutif du G5 Sahel pour marquer son attachement à l’importance du rôle du développement dans la stabilité des pays.

La même idée a été évoquée par le chef de l'Etat tchadien dans son allocution lors du sommet, en appelant la communauté internationale à redoubler d'efforts financiers pour œuvrer impérativement au développement du Sahel afin de remédier à la « pauvreté, terreau du terrorisme ».

Après les déclarations contradictoires entre l'acceptation et le rejet concernant l'ouverture d'un dialogue avec ces groupes armés, il est peut-être devenu clair pour ces pays qu'il est inévitable de recourir au dialogue avec eux [7].

Et peut-être que les pertes en vies humaines à répétition, notamment du côté français, laissent ces derniers réfléchir à la question du dialogue qui est devenue inévitable pour la France et ses alliés, un dialogue qui commence, peut-être, par le retrait [8] progressif de ses forces en les remplaçant progressivement par des forces étrangères également.

De plus, la situation internationale qui prévaut actuellement telle que la crise internationale provoquée par la pandémie du Covid-19 a entraîné des crises politiques [9] et économiques profondes dans la région. En plus, la région du Sahel connait, en termes de différences culturelles, des tensions qui alimentent le rythme de la guerre. L'instabilité des marchés pétroliers et les crises du Moyen-Orient, sans compter la crainte de détention par les groupes armés d’armes de plus en plus sophistiquées, peut ouvrir la voie à une accélération des contacts avec ces groupes, afin de trouver une base d'entente avec eux pour en finir avec cette crise.

En conclusion on peut dire que la France a réussi, lors de ce sommet, d'une manière ou d'une autre, à introduire certains pays dans la bataille qu'elle a entamée depuis 2013 et qui l’a presque amenée dans l'impasse, en faisant participer, lors de cette rencontre, la communauté internationale et les organisations internationales, régionales et sous régionales [10]. Même les organisations financières d'Afrique, en passant par l'Europe et Etats-Unis d'Amérique ont été sollicitées pour intervenir militairement ou financièrement pour contribuer à résoudre ce problème.

Face aux incertitudes, l’on peut se poser des questions sur l’avenir de cette intervention française sans légitimité nationale ou internationale [11].

En tout état de cause, les gouvernements de ces pays devraient intégrer que sans la bonne gouvernance, les bailleurs de fonds ne vont pas se précipiter pour participer financièrement dans le développement de ces pays. Tout comme ils devraient se convaincre que la communauté internationale n’est pas prête à envoyer ses soldats sans s’attendre à des bons résultats. Enfin, ils devraient bien tenir pour dit que les aides financières restent conditionnées à plusieurs paramètres. Et cela a été confirmé par les Etats-Unis d'Amérique lors de l’annonce d’une aide de plus quatre-vingts milliards de dollars révélée par le Département d'Etat américain lors d'un discours prononcé par le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires politiques, David Hill, à la réunion ministérielle de l'Alliance internationale pour le Sahel [12].

Mamadou Sow
1 avril 2021

Références

[1] Alliance de l'OIT avec le G5 Sahel. www.google.com. Visité le 17 mars 2021.

[2] Le lundi 13 janvier 2020, le Président de la République française, Emmanuel Macron, réunira les chefs d’Etat du Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie et Tchad pour un sommet au Château de Pau, consacré à la situation au Sahel.

[3] Le Maroc  représenté par le chef du gouvernement, Saad Dine El Otmani, le Ghana représenté par son Président et président en exercice de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) Nana Akufo-Addo, le Sénégal, représenté par son président Macky Sall, Moussa Faki Mahamat président de la Commission de l’Union africaine et Emmanuel Macron resté à Paris pour cause de crise sanitaire du Covid-19, le président français a échangé à huis-clos avec ses homologues du G5 Sahel en visio-conférence.

[4] Le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad.

[5] Les frontières du Mali du Niger et du Burkina Faso.

[6] Si la solution militaire seule pouvait résoudre le problème, il l'aurait été en raison de la présence de forces multinationales sous des noms différents : BARKHANE, MINUSAM, Force africaine, Takuba («Sabre » en langue Tamasheq) composée de 13 pays : Allemagne, Belgique, Danemark, Estonie, France, Mali, Niger, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède et République tchèque qui tente de mettre fin aux aux agissements des groupes islamiques opérant dans cette région. Mais l’Allemagne a refusé de répondre. Le 30 décembre 2019, Berlin a officialisé sa décision de ne pas faire partie de la Force « Takuba ». L'Espagne et le Royaume-Uni ont refusé également d’envoyer leurs forces au Sahel, causant un retard de démarrage de ladite mission.

[7] https://www.dw.com/fr/mali-faut-il-dialoguer-avec-les-djihadistes/a-56660679

https://www.aa.com.tr/fr/afrique/mali-le-pouvoir-annonce-un-dialogue-avec-des-groupes-radicaux/2152168

https://www.middleeasteye.net/news/sahel-negotiate-armed-groups-french-opposition

https://www.senenews.com/actualites/politique/burkina-faso-dialogue-entre-gouvernement-et-militants-terroristes_347474.html

[8] Un retrait revendiqué par une grande partie de la population de ces pays. Une revendication peut être liée au mauvais souvenir de l’Histoire coloniale.

[9] Entre les Etats-Unis d’Amérique et la Chine par exemple.

[10] L’UE pour le financement des équipements, L’UMOA pour une contribution financière décisive, La CEDEAO, L’UA.

[11] Sur ce point il faut voir : Saanouni (Moussa) : La France « Takuba » un pas vers l’européanisation de « Barkhane ». 10/02/2021. www.google.com. Visité le 15 mars 2021.

[12] Akhbar (Nouakchott), Site électronique alakhbar.info. Visité le 19 mars 2021.