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MBouzouzou mosaicpar Abbas Aroua

Nous commémorons le 13ème anniversaire du décès de Cheikh Mahmoud Bouzouzou qui nous a quittés le 27 septembre 2007. Cheikh Bouzouzou fut membre du Conseil de fondation de CPI (anciennement Fondation Cordoue de Genève) de 2002 à son décès. Il a enregistré CPI chez lui, chemin Moïse-Duboule 23, depuis sa création jusqu’à 2004 une fois que l’Institut a eu ses propres bureaux. Cheikh Bouzouzou a aussi offert à CPI sa riche bibliothèque multilingue composée de plusieurs milliers de volumes dans des domaines variés (sciences de la religion, lettres, arts, histoire, philosophie, droit et sciences politiques, économiques et sociales), qu’il avait passé 40 ans à constituer.

Cheikh Mahmoud Bouzouzou est né le 22 février 1918 à Bejaïa en Algérie et a passé une partie de sa jeunesse à Constantine. Après avoir terminé ses études, il s’est consacré à l’enseignement et a contribué à la fondation d’écoles privées pour enseigner l’arabe, langue combattue à l’époque coloniale. Il était l’un des hauts responsables du Mouvement des scouts musulmans algériens (SMA) au milieu des années 1940. En tant que Guide Général des SMA il a contribué à la formation de toute une génération de militants de la cause nationale. Il était aussi l’un des pionniers du journalisme engagé à travers ses écrits dans les journaux « Al-Bassaïr » et « Al-Manar ». Cette dernière publication, qu’il dirigeait, était au début des années 1950 une tribune efficace dans la conscientisation politique et la lutte contre l’occupation française.

Les positions nationalistes de Cheikh Mahmoud Bouzouzou lui ont valu beaucoup d’ennuis : la prison et la torture, puis l’expatriation. Il s’est exilé d’abord au Maroc, ensuite en Europe, où il s’est rendu dans plusieurs villes avant de s’établir à Genève où il s’est dédié au service de la communauté, à l’enseignement de la langue arabe et de la religion et la civilisation islamiques.

Dans sa dernière intervention dans les médias [1], en 2006, à l’occasion de « l’Affaire des caricatures », il déclarait que « cette crise révèle deux fléaux qui menacent l’humanité : l’injustice envers l’Autre et l’ignorance de l’Autre » et affirmait que « la sagesse commande de rappeler et de souligner que nos différences constituent un trésor nous offrant la chance unique de nous enrichir mutuellement. Et par là, de construire des ponts en vue de nous rapprocher les uns des autres », avant de conclure qu’« il est du devoir de chacun de nous, quelles que soient nos convictions, de faire l’effort nécessaire non seulement de connaître l’Autre, mais aussi de le reconnaître et de lui faire justice en toutes circonstances. »

Cheikh Mahmoud Bouzouzou était adepte du « juste milieu » et détestait les positions extrêmes. Il était sage dans ses rapports avec les autres. Il se distinguait par une vaste culture et une ouverture à l’Autre. Ce que je retiendrai de Cheikh Mahmoud Bouzouzou, que j’ai eu le privilège de côtoyer pendant les deux dernières décennies de sa vie, c’est l’importance qu’il accordait à la science et à l’action. La science utile intimement liée à l’action bénéfique, ainsi que son amour pour le livre.

A l’occasion de la commémoration du 13ème anniversaire de son décès, CPI publie un recueil [2] de plus de 500 pages réunissant une partie des contributions de Cheikh Mahmoud Bouzouzou, en langues arabe et française, rédigées durant une période allant des années 1940 à 2006. Le volume contient aussi des articles parus dans la presse écrite et sur les sites d’information ainsi que des études réalisées au sujet de cet homme de dialogue.


References

[1] Ayons la sagesse de concilier les valeurs sacrées ! Mahmoud Bouzouzou, Tribune de Genève, 11 février 2006. Disponible en ligne sur : https://bit.ly/3hMgLKV

[2] Œuvres de Cheikh militant Mahmoud Bouzouzou. Textes réunis par Abbas Aroua. Cordoba Peace Institute – Geneva, août 2020. Disponible en ligne sur : https://bit.ly/3iQ0K8d