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Le Rassemblement des Suisses Musulmans a présenté ses recommandations lors d'une conférence de presse le vendredi 16 mars 2012, à Berne

Le Rassemblement des Suisses Musulmans a présenté ses recommandations lors d'une conférence de presse le vendredi 16 mars 2012, à Berne

En 2009, le peuple suisse se prononçait en faveur d'une initiative pour interdire la construction de minarets. Les auteurs de l'initiative postulent que les minarets sont des symboles d'une «revendication de pouvoir politico-religieuse contraire à la constitution», à freiner sous peine de voir «les milieux islamistes tenter d'imposer un système légal fondé sur la sharia». La population musulmane vivant en Suisse, elle, qu'elle soit pratiquante ou non, a été stigmatisée et blessée par le vote de la majorité.

Depuis, un travail de compréhension et de réconciliation a été effectué par différents cercles en Suisse, bien au-delà de l'initiative anti-minarets. L'exemple le plus récent est l'information publiée récemment sur le dialogue entre les autorités fédérales et la population musulmane. En parallèle, une initiative indépendante et complémentaire a été lancée par un groupe de citoyens de nationalité suisse et de religion musulmane, réunis à l'initiative de la Fondation Cordoue de Genève. Ce Rassemblement de Suisses Musulmans (RSM) a analysé les motivations du vote et esquissé des pistes d'initiatives concrètes pour réagir à ce message inquiétant.

Par son vote, la population suisse a voulu donner un signal par rapport à un malaise ressenti. Mais quel est donc le contenu de ce message ? S'agit-il d'une réticence à s'intégrer de la part des immigrés musulmans? Mais beaucoup de musulmans en Suisse sont nés en Suisse et citoyens, et les conflits de cohabitation sont rares. A-t-on peur de perdre notre «Suissitude» en la partageant avec des horizons religieux et culturels divers? S'agit-il d'une réticence de la société suisse à apprendre à vivre l'inter-culturalité? Comme le dit Khaldoun Dia-Eddine, membre du RSM, la faible représentation des musulmans dans la vie publique suisse peut expliquer des perceptions biaisées : « Le problème de fond soulevé par l'initiative 'anti-minaret' est lié à l'image négative de l'Islam et des musulmans dans la société suisse. Le RSM propose d'agir pour promouvoir la pleine participation des musulmans dans la société et d'ouvrir des canaux de communication pour distinguer entre préjugés et réalité »

Le RSM publie aujourd'hui un catalogue de recommandations pour un meilleur vivre ensemble, qui s'adresse à la société suisse, aux communautés musulmanes, aux autorités et aux médias. Parcourant ce qui se fait actuellement dans le pays pour promouvoir l'inclusion et la cohésion, la brochure propose des actions complémentaires en priorité dans les domaines de la communication et de la citoyenneté. Communication, puisqu'une meilleure information et des plateformes d'échange véritable, critique et empathique permettent de dépasser les réticences et désamorcer les mécanismes de peurs et de rejet. Citoyenneté, parce que les musulmans en Suisse doivent pouvoir participer pleinement à la vie sociale, politique et associative et rendre visible leurs contributions à la société.

Au-delà d'un débat stérile sur des incompatibilités culturelles supposées, il faut faire évoluer notre compréhension de ce que veut dire «être Suisse »: c'est avant tout vivre ensemble, construire et contribuer au bien commun. C'est aussi renoncer au mythe de l'homogénéité religieuse ou culturelle qui de fait n'a jamais existé, et travailler ensemble à une meilleure cohabitation dans une société pluraliste.

Le résultat du travail du RSM est disponible sous la forme de brochures de recommandations en 5 langues (allemand, français, italien, arabe, anglais).