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This program addresses the transnational phenomenon of extremism using a conflict transformation approach. It aims to the reduce violence in the Sahel region, the Lake Chad area and the Arab world, through the promotion of wasatiya (the "middle way") and the avoidance of extremes (ghulu), both concepts rooted in Islamic thought and practice.

The project comprises two tracks: the first track, working in collaboration with credible and authoritative Muslim scholars, develops and promotes the centrality of wasatiya in Muslim doctrine, and hence the illegitimacy of ghulu; the second track focuses on the negative effects of the “war on terror” discourse, and its abuse in certain countries, and aims to raise the awareness of governments of the counter-productive impacts of this discourse.

Au cours des quatre dernières années, la Fondation Cordoue de Genève s'est engagée dans un certain nombre de projets avec des « savants religieux crédibles » : c’est-à-dire ceux qui ont la capacité d'atteindre les jeunes, ou d'autres qui défient les leaders politiques perçus comme corrompus et combattent les injustices systémiques dans les pays ou les régions où ils vivent. Dans de nombreux cas, la contestation envers de tels dirigeants ou injustices est soutenue et renforcée par des convictions religieuses ou idéologiques, même si cela ne constitue pas le moteur principal ou initial. Ceux qui font appel à la religion pour soutenir leur cause ont besoin d'une justification religieuse appropriée pour leurs attitudes et leurs actions, et se tourneront naturellement vers les chefs religieux qui ne sont pas associés aux politiciens ou aux gouvernements qu'ils critiquent. Le rôle des leaders religieux qui sont considérés comme indépendants du gouvernement ou des systèmes corrompus peut donc être critique pour guider ces jeunes mécontents, et d'autres, dans les actions qu'ils peuvent légitimement prendre tout en respectant les préceptes religieux. L'une des tragédies de nombreux groupes qui prétendent s'inspirer de la charia islamique est que beaucoup de leurs recrues sont ignorants sur le plan religieux en manquant cruellement de connaissances et de compréhension des enseignements islamiques, y compris ceux qui sont liés à la proportionnalité.

L'un des principes fondamentaux de l'islam est le rejet du « ghulu » (extrémisme)[1] et l'encouragement de la « wasatiya » (médianité, médiatude)[2], un concept qui évite les extrêmes et encourage les attitudes et les comportements qui les éloignent, et qui est également important dans la médiation de conflits violents[3]. C'est ce principe d'évitement des extrêmes qui a inspiré un certain nombre de nos projets dans la région du Sahel, en Afrique du Nord, et au Moyen-Orient, où des savants religieux crédibles ont développé des récits et des messages destinés à ceux qui sont impliqués dans des groupes ayant des message extrémistes (et réalisant des actes extrémistes) ou ceux qui sont tentés de rejoindre ces groupes. Voici un bref résumé de la méthodologie qui a été suivie :

1. Recherche minutieuse et approfondie

Il est d’abord très important de comprendre le contexte, l'histoire et les raisons de l'émergence des groupes extrémistes. C’est pourquoi, au cours de la première étape, nous avons cherché puis engagé des experts dans le domaine concerné afin de mener des recherches documentaires en mettant l'accent sur des recommandations pratiques (« recherche-action »). Dans tous les projets de cette nature, réalisés par la FCG, l'accent est également mis sur la compréhension et la documentation du récit religieux et des justifications utilisées par les groupes extrémistes. Cette première étape a ensuite été complétée par des recherches de terrain et des missions exploratoires, afin de bien comprendre le fond et le contexte, et de rencontrer les acteurs pertinents sur le terrain, dans le but de valider la recherche documentaire et de commencer à construire les réseaux nécessaires pour une action crédible au niveau local. Finalement, les résultats de la recherche ont ensuite été validés à travers des ateliers avec un groupe d'experts compétents, qui ont également formulé des recommandations pour d'autres recherches, les prochaines étapes et les actions à entreprendre.

Généralement, aux premiers stades d'un projet, et sous la pression des bailleurs de fonds pour démontrer les résultats, il peut être tentant de raccourcir le temps consacré à la recherche et à la compréhension du contexte, des croyances, des positions idéologiques et du milieu des groupes extrémistes violents ayant une affiliation religieuse. Cependant, le temps accordé à ce travail est rarement gaspillé et aide à développer les connaissances et les réseaux nécessaires pour donner de la crédibilité et de l'acceptabilité à l'organisation qui entreprend de tels projets.

2. Construction de la confiance avec des acteurs crédibles

Notre expérience dans de tels projets a démontré l'importance d'établir une relation de confiance avec toutes les parties, et en particulier avec les savants religieux « crédibles » ou d'autres acteurs impliqués dans le processus. Il existe une suspicion naturelle quant aux motivations et aux objectifs des parties extérieures, et il est très important que de tels processus soient construits dans une atmosphère de confiance commune et d'objectifs communs. L'existence ou la suspicion d'agendas cachés pourrait rapidement torpiller la mise en œuvre de telles initiatives. Du temps doit donc être passé à comprendre les acteurs crédibles eux-mêmes, et à s'assurer qu'ils sont convaincus de l'authenticité des intentions des personnes impliquées dans le projet. La sensibilité culturelle est très importante, mais aussi la réputation des acteurs extérieurs, y compris leur réputation d’impartialité et d'indépendance, et l'acceptabilité de leur source de financement aux yeux des acteurs crédibles. Il est difficile de gagner la confiance, par exemple, si l'on soupçonne que la partie exécutante travaille pour une puissance étrangère perçue comme soutenant des régimes oppressifs, ou avec un héritage de domination économique ou politique dans la région respective.

3. Développement des discours alternatifs, ou « récits alternatifs constructifs »

Les récits religieux et les justifications utilisés par les groupes extrémistes sont analysés durant la phase de recherche par des savants religieux crédibles et respectés, à la lumière de leurs propres profondes connaissances et de l'apprentissage des préceptes religieux, des principes de la charia et de l'interprétation des textes fondamentaux. Ils mènent une critique des positions et des arguments des groupes extrémistes et défient ces positions et arguments sur la base d'une saine théologie issue de leur connaissance des textes religieux. Cela conduit au développement de « récits alternatifs constructifs », enracinés dans un enseignement solide, qui défient ceux des groupes extrémistes, et qui peuvent être utilisés comme base de la messagerie.

4. Validation de ces récits

Après le développement des récits alternatifs constructifs, un processus de validation a lieu, généralement en convoquant une réunion d'un groupe plus important de savants religieux crédibles, pairs des auteurs des récits, pour obtenir leurs commentaires et critiques du travail accompli. Le processus de validation sert également à engager un plus grand nombre de chercheurs crédibles et faisant autorité, qui ont alors intérêt à diffuser les messages issus des récits alternatifs constructifs.

5. Extraction et développement de messages

Dans les projets menés dans ce domaine, les récits alternatifs constructifs se sont révélés riches en matière de discussion et de débat et ont abordé des thèmes importants et sensibles, tels que la promotion de l'éducation et la relation de la religion avec les systèmes démocratiques. Ils ont également approfondi les causes et l'évitement de l'extrémisme (ghulu), et la nécessité de résister à l'oppression et aux violations des droits de l'homme d'une manière proportionnée, efficace et humaine. Ils ont exploré la vraie signification du djihad, et les conditions dans lesquelles le djihad armé peut être mené, ainsi que les règles entourant la conduite de ce djihad, comme la protection des civils, etc. Avec une telle richesse dans la documentation produite par les chercheurs, il est nécessaire de développer une variété de messages, destinés à différents publics, que cela soit pour des savants instruits ou pour ceux qui ont une connaissance très élémentaire des préceptes ou des textes fondamentaux de l'islam. Des messages sont donc extraits sous diverses formes, comme sous forme d'articles qui peuvent être partagés sur des sites internet ou sur Facebook, ou à des messages courts pour être diffusés sur d'autres médias sociaux tels que Twitter, ou via l’application WhatsApp. Il est important que les acteurs crédibles conservent la propriété de la documentation et des messages, et qu'ils ne soient pas perçus comme agissant au nom de gouvernements étrangers ou d'autres parties externes. C'est, après tout, un processus d'argumentation et de communication au sein de la communauté musulmane mondiale. Il serait donc inapproprié que des parties externes exercent une influence ou imposent des agendas aux acteurs crédibles impliqués.

6. Diffusion des messages

Pour être le plus efficace possible, nous croyons que les messages doivent se diffuser sur une longue période de temps et être conçus pour atteindre le public le plus vulnérable à l'attrait des messages violents et extrémistes. Le choix des médias et la portée géographique de la réception des messages sont donc très importants. Une attention particulière doit également être accordée à l'utilisation de moyens traditionnels de diffusion de messages authentiques et fiables, par exemple à travers des sermons dans les mosquées ou sur des chaînes de télévision consacrées à des contenus religieux. À cet égard, les réseaux établis au début du projet sont extrêmement importants et peuvent constituer une excellente ressource pour la diffusion des messages. Par ailleurs, des opportunités doivent également être créées pour organiser des dialogues entre les savants religieux crédibles et les jeunes qui sont proches, ou impliqués dans des groupes armés à inspiration religieuse. Ces dialogues, qui peuvent être en face-à-face ou virtuels, doivent être menés dans un « espace sécurisé », loin des médias, afin de promouvoir la confiance et l'efficacité. Le rôle important des femmes, et en particulier des prédicatrices et des professeurs de madrasa, ne doit pas non plus être négligé. L'influence des femmes sur les jeunes, et la société plus généralement, est cruciale pour résoudre les problèmes d'extrémisme et de violence, et les projets doivent être conçus avec la participation des femmes à tous les stades du processus, de la recherche au développement des messages et au suivi.

7. Suivi

Le suivi des effets de tels projets est, comme pour beaucoup de projets visant à réduire la violence et l'extrémisme, très difficile, en raison de la multiplicité des facteurs qui peuvent affecter leur augmentation ou leur diminution au fil du temps. Une certaine indication de leur efficacité peut être donnée par les statistiques des médias sociaux montrant la popularité des messages et le nombre de « followers ». Les débats générés sur les sites internet sont également un indicateur utile, comme peut l'être aussi la preuve anecdotique, comme la copie de Tweets pertinents dans des graffitis de rue ou dans d'autres lieux accessibles.

Conclusion

Les projets menés par notre fondation ont montré qu'il est possible d'établir des relations positives et confiantes avec des acteurs religieux susceptibles d'avoir une forte influence sur ceux qui sont tentés par l'extrémisme et la violence, et que le travail collaboratif basé sur ces relations peut conduire à la promotion de la wasatiya et le rejet du ghulu. Il est devenu de plus en plus clair dans les quinze années qui se sont écoulées depuis l'invasion de l'Irak que la lutte contre le terrorisme et l'approche de la « sécurité totale » n'ont pas réduit et même exacerbé les phénomènes d'extrémisme et de violence. D'autres travaux sont nécessaires sur les effets contre-productifs du discours de la « Guerre contre la terreur » et sur la manière d'en atténuer les effets, mais nous avons observé, à travers nos projets, le ressentiment et la colère de plus en plus nombreux que suscite cette approche. Des alternatives qui engagent des acteurs religieux influents sont clairement nécessaires, et la méthodologie décrite ci-dessus est une telle alternative qui permet d'espérer des solutions meilleures et plus efficaces.


1 “N'exagérez pas (lā taghlū) dans votre religion” (Coran, 4:171 & 5:77)
2 “Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes (ummatan wasatan)” (Coran, 2:143)
3 Voir Abbas Aroua. “Peace and war in Islam” et “Rooting nonviolence in the Islamic tradition”, dans The Quest of Peace in the Islamic Tradition. Kolofon. Oslo 2013. Abbas Aroua. “L’Islam et la culture de la médiatude”. Juin 2014. Ces deux publications sont disponibles en ligne sur www.cordoue.ch